|  Gémellité... Un mal à éradiquer | Vus les problèmes qu'elle peut générer autant chez les futurs poulains que chez la jument, la gémellité est considérée aujourd'hui comme une sorte de " tare " qu'il faut évincer à tout prix. On recherche donc tous les moyens pour enrayer ce phénomène redouté tant des propriétaires et éleveurs de chevaux que des vétérinaires et autres spécialistes. |
| |  Ovulations multiples |
- Risques de l'ovulation multiple
L'échographie permet la détection précoce des gestations gémellaires, ainsi une décision rapide quant à leur devenir est-elle possible. Cependant une enquête épidémiologique a montré que la gémellité demeurait la cause de plus de 30% de l'ensemble des avortements, chez la Jument. Les ovulations multiples restent donc encore un problème pour la conduite des inséminations et surtout pour le suivi du début de la gestation, chez cette espèce. De plus, lorsqu'elles n'induisent pas l'avortement, les gestations gémellaires ont toujours pour conséquence la mise bas de poulains chétifs mourant rapidement après la naissance ou demeurant des non-valeurs. Par ailleurs, une série d'autopsies a démontré que les avortements lors de gestations gémellaires étaient responsables de 6% de la mortalité des juments (car ces avortements sont toujours des avortements tardifs souvent suivis de complications septiques). En dépit donc des différentes techniques proposées pour contrôler les gestations gémellaires, les ovulations multiples restent une source importante de perte économique pour l'élevage équin.
- Devenir de ces ovulations multiples
Il a été prouvé que les ovulations multiples augmentaient globalement la fertilité de la jument mais il n'est pas sûr qu'elles accroissent la fécondité de celle-ci. En effet, lorsque la femelle est saillie sur une chaleur au cours de laquelle elle présente 2 follicules palpables de plus de 25 mm de diamètre (23,7% des cas), elle présentera, entre le 11ème et 16ème jour de la gestation, une gestation gémellaire dans 30% des cas. Lorsque les ovulations sont synchrones ce pourcentage atteint même 40.
Avant le 16ème jour de la gestation, qui correspond à la période d'immobilisation du produit de conception dans l'utérus, on n'observe pas de réduction spontanée du nombre d'embryons. Après cette période de fixation embryonnaire, 70% des gestations gémellaires sont unilatérales (les deux produits sont fixés dans la même corne utérine), 30% sont bilatérales (un embryon dans chacune des cornes). Or il a été constaté que 85 à 89% des gestations gémellaires unilatérales subissaient, entre le 17ème et 40ème jour, une réduction embryonnaire spontanée qui ne laissait subsister dans l'utérus qu'un seul fœtus vivant. Lors de gestations gémellaires bilatérales ce taux de réduction spontanée est nul. Ce taux dépend, en partie, du synchronisme des ovulations : il est toujours plus important lors d'ovulations décalées dans le temps.
Face à une ovulation multiple chez une jument, il est donc actuellement admis de profiter de celle-ci et de sa fertilité supérieure ; surseoir aux inséminations par crainte d'une gémellité se révélera, dans tous les cas, plus néfaste que bénéfique pour le bilan reproductif de la femelle (perte d'un cycle sexuel et donc d'une chance de fécondation). Puis l'échographie entre les 13ème et 15ème jour de la gestation afin d'identifier, avec le maximum d'exactitude, les gestations gémellaires. Lorsque les embryons sont suffisamment séparés, avant le 16ème jour, l'écrasement manuel d'un des deux produits, conduit dans 90% des cas à la poursuite d'une gestation normale, d'un seul produit. Après le 30ème jour, ce taux de réussite chute, dans les cas les plus favorables des gestations bilatérales, à 30%.
- Prédisposition selon les races
Les ovulations multiples demeurent donc un problème pour l'élevage équin. Elles sont fréquentes chez la Jument. Cette fréquence dépend de la race et de l'âge de la jument. Des variations individuelles semblent également importantes dans la prédisposition à présenter ce type d'ovulation. Cette polyovulation est plus fréquente chez les Pur-sang et les chevaux lourds, chez les juments non suitées et les maidens que chez les suitées. La fréquence de ces ovulations multiples est estimée entre 15 et 25% chez les Pur-sang et les Trotteurs américains, à au mois 14% chez les Selles français, alors qu'elle semble plus faible chez les Arabes et les Poneys.
Dans une étude récente, employant l'échographie pour le suivi ovarien de Pur-sang anglais, les ovulations multiples surviennent lors de 22,4% des cycles sexuels. Une proportion significativement plus importante de doubles ovulations est bilatérale (57,2%), par rapport à unilatérale (42,8%); 20,7% sont unilatérales à droite et 22,1% à gauche. Chez cette même race, le taux d'ovulations multiples passe progressivement de 15% à l'âge de 3-5 ans à 35,1% à l'âge de 18-22 ans ; alors que la distribution des ovulations entre ovaires droit et gauche n'est pas influencée par l'âge de la jument. Par ailleurs, il a été observé qu'un cycle au cours duquel une ovulation multiple survenait, avait une probabilité significativement plus importante d'être suivi par un cycle également associé à cette forme d'ovulation (p<0,01). Elle est alors bi ou unilatérale. Alors qu'une ovulation simple aura une forte probabilité d'être suivie d'une ovulation simple sur l'ovaire opposé (p<0,05).
- Contrôle du taux d'ovulation
Il semble donc qu'il existe, chez la Jument, une prédisposition individuelle à présenter une plus grande fréquence d'ovulations multiples. Cette prédisposition se transmet-elle héréditairement ? Pour répondre à cette question nous rassemblerons, dans un fichier, toutes les familles mère fille (éventuellement grand-mère mère fille), avec ou sans ovulations multiples, dont les ovulations ont été suivies. A partir du fichier ainsi constitué (pedigrees et n° SIRE), on calculera le coefficient d'héritabilité de l'ovulation multiple. Si ce coefficient est important, des familles informatives seront constituées.
- Recherche d'un gène contrôlant le taux d'ovulation
En effet, la mise en évidence de marqueurs génétiques liés à l'ovulation multiple faciliterait la conduite de la reproduction des femelles prédisposées.
De tels marqueurs ont déjà été découverts chez les Ovins. Pour les moutons, deux mutations, dans deux gènes différents, ont été identifiées comme étant responsables d'une augmentation du taux d'ovulation et, par voie de conséquence pour cette espèce, de la prolificité, ceci pour des animaux issus de deux souches distinctes. Pour les lignées issues de la souche Booroola, sur le gène du récepteur IB de la protéine morphogène osseuse (BMPR-IB), gène codant pour un des membres de la famille des récepteurs des facteurs de croissance b (TGF-b ), une substitution (Q249R) est responsable de l'atrésie incomplète des follicules en croissance lors de la poussée folliculaire terminale précédent l'ovulation. Ce gène est porté par le chromosome 6 ovin (6q23-31) et le chromosome 4 humain (4q21-25). L'inactivation partielle de BMPR-IB (encore appelé ALK-6) induit une différenciation plus poussée des cellules de la granulosa et de ce fait une maturation complète d'un plus grand nombre de follicules ovulatoires.
Dans la souche ovine Inverdale, il existe une mutation naturelle portée par le chromosome X (FecXI) qui à l'état hétérozygote (FecXI/FecX+)provoque une augmentation du taux d'ovulation et de la prolificité et à l'état homozygote (FecXI/FecXI) un arrêt de la croissance folliculaire au-delà du follicule primaire. Cette mutation se trouve dans le gène BMP15 codant la protéine morphogène osseuse 15, encore appelé facteur de croissance et de différenciation 9B (GDF9F). Ce gène est situé en Xp11.2-11.4 chez l'Homme. Il est membre de la famille des facteurs de croissance TGF-ß.
Des mutations similaires existent-elles chez les équidés qui expliqueraient la propension de certaines juments à avoir des ovulations multiples? Celles-ci seront recherchées dans les ADN des animaux des familles informatives préalablement constituées.
Aussi sommes-nous à la recherche de familles Mère Fille dont les ovulations ont été suivies.
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